Issue: importance of culture for the state

Le musée comme vitrine d'un septennat.


Implication des présidents français dans des projets de grande envergure.

Le musée peut acquérir une valeur symbolique pour l'image d'un septennat comme le montre la contreverse autour de la pyramide du Louvre et de son architecte choisi par François Mitterrand, alors président de la République. Là, comme pour la décoration intérieure du Musée d'Orsay par Gae Aulenti, la presse a établi des liens entre l'aspect égyptien de la pyramide et la volonté de puissance d'un président de la République se conduisant comme un roi voulant inscrire la durée de son septennat dans la pierre. En effet, chaque président depuis Georges Pompidou (1969-1974) a été associé avec un ou plusieurs projets de grande envergure. Le Centre Pompidou, dit Beauboug pour Pompidou, La Villette et le musée d' Orsay pour Giscard d'Estaing ( 1974-1981), Le Grand Louvre, l'Institut du Monde Arabe, entre autres, pour François Mitterrand (1981-1995). De plus, les prises de position pour ou contre ces projets se font souvent en France selon l'appartenance à la droite ou à la gauche en politique.

Influences des présidents sur le choix des conservateurs et conséquences pour l'orientation du musée.

C'est sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, en 1977, que la décision de consacrer la gare et l'hôtel d'Orsay à abriter un musée fut prise. L'idée de départ était de permettre au public de voir les oeuvres dans le contexte de l'époque qui les avait produite."Un musée d'art certes, mais un musée différent, inséré dans son époque et reflet de son temps" (Orsay 86,un musée nouveau, Etablissement Public du Musée d'Orsay,1983, p.31).
maquette de la gare d'Orsay

La référence ici est à l'historien français Georges Duby, très connu pour son travail sur le Moyen Age, et qui, dans sa préface au "Temps des cathédrales", insiste que les chefs d'oeuvre doivent être étudiés avec ce qui les entoure et ce qu'ils surplombent . Il ne s'agit plus de les abstraire de l'époque qui a vu leur réalisation. Cette façon de penser est due à l'influence de la nouvelle histoire à la suite en France des historiens Marc Bloch et et Lucien Febvre.
Ce programme se radicalise lorsque François Mitterrand, devenu président de la République en 1981, nomme au conseil d'administration une historienne marxiste, Madeleine Rebérioux spécialiste de l'histoire sociale de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, qui veut infléchir le programme dans le sens d'une histoire sociale de l'art.C'est elle qui demandera que la date du début des collections à Orsay soit celle de la deuxième République 1848 et que la date de clôture soit 1914, année qui voit l'avènement de la première guerre mondiale.Elle voulait aussi que le public puisse participer à l'administration de l'établissement, ce qui est contraire, encore maintenant, à la façon dont les musées sont administrés .

Ses idées ne survivront pas au changement de gouvernement, seule la date de 1848 a été conservée.Voici ce qu'écrit Linda Nochlin à propos du musée qui aurait pu voir le jour si Rebérioux avait conservé son influence sur le projet:
"Rebérioux, in an interview with Eunice Lipton and Wanda Corn published in this magazine [seeA.i.A, summer 1983], made it clear that she envisaged a museum that would first of all, appeal directly to the working-class public, a social segment which, in France as elsewhere, is notably absent from the ranks of museum-goers. Such a museum would explore, through its exhibition policy, the interaction of various types of cultural production-juxtaposing, for example, "high art" painting and sculpture with the production of the communications industry, say. It might also track the interaction of various forms of visual representation as they address a specific theme (Rebérioux suggested as one such theme the mythic elements of the Republic: statues, paintings, texts, insignia, emblems). In addition, Rebérioux advocated displaying works not necessarily of high esthetic quality but characteristic of mass culture in the later 19th century.(Linda Nochlin, "Successes and failures at the Orsay Museum, or what ever happened to the social history of art?", Art in America, january 1988, p.88).